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Paradis fiscaux, souveraineté criminelle (entrevue avec Alain Deneault)

La mondialisation, par la facilité des transferts qu’elle permet, amène en effet un nombre croissant d’individus et d’entreprises à ne plus se demander si un acte est répréhensible par lui-même, mais s’il existe un moyen de l’effectuer en toute légalité quelque part dans le monde.
Marie-Christine Dupuis-Danon, PUF, 2004

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Malgré les deux procès qui le suivent depuis la publication de son dernier livre, Alain Deneault n’a pas changé son fusil d’épaule. L’auteur de Noir Canada (Ésocosociété, 2008) n’a pas abandonné les sujets qui font honneur à la démocratie. Dans son dernier livre, le spécialiste de la sociologie de Georg Simmel s’est attardé à penser la thématique nébuleuse des paradis fiscaux.

Ce thème qui, à première vue,  ne semble évoquer que des questions de fiscalités se révèle bien plus sombre et lugubre après la lecture d’Offshore : Paradis fiscaux et souveraineté criminelle (Écosociété, 2010). Tout d’abord, précise-t-il : «rien de plus faux, rien de plus restrictif, et inapproprié, que de limiter offshore le phénomène et à la seule idée négative d’un ailleurs de la finance où fuient les capitaux et s’évadent ses titulaires, comme si cet exode ouvrait sur des «économies parallèles» qu’on s’entête à présenter comme marginales et anormales». En ce sens, les paradis fiscaux et ce qu’on nomme généralement comme l’offshore «sont des juridictions politiques sur mesure qui permettent de peser de manière décisive sur le cours historique des choses sans devoir répondre de quelque principe démocratique que ce soit».

C’est pourquoi les rapports entre paradis fiscaux, finance mondialisée et crime organisé sont généreusement féconds. Comme il le souligne à de nombreuses reprises : «le monde sans loi de la finance [offshore] qui s’ouvre [au crime organisé] permettra non seulement un développement exponentiel à l’échelle internationale de leur activité, mais également un métissage de leurs fonds avec ceux d’activités licites encore encadrées par les États de droit, de façon à ce qu’on ne puisse désormais plus distinguer l’argent du crime de celui qui circule en fonction de régies formelles.»

Contre-intuitivement, le champ lexical du livre d’Alain Deneault qui aurait-on cru limité au thème de l’économie et de la finance, en rejoint d’autres bien plus préoccupant : drogue, prostitution, pédophilie, financement terroriste, sectes, activités mafieuses, blanchiment d’argent, vente d’arme. En plus de cette volonté de penser l’objet offshore le plus globalement possible, Alain Deneault n’a pas perdu cette audace, rare dans le monde universitaire, qui est de nommer clairement et explicitement les acteurs qui organisent le monde d’aujourd’hui à leur avantage. Les exemples de pratiques d’évasion fiscale, de dumping environnemental, de corruption sont abondants dans ce livre qui brosse un portrait général du sujet, de l’origine des paradis fiscaux au XVIe siècle en Hollande à la pénétration de l’offshore dans la culture cinématographique.

Alain Deneault, titulaire d’un doctorat de l’Université Paris VIII sur la sociologie de l’argent de Georg Simmel a accepté l’invitation des publications s’est livré à une entrevue devant public pour parler de son dernier livre. Pour écouter cette entrevue, cliquez sur le lecteur du haut de cet article.

Interventionnisme linguistique au Québec (entrevue avec Lionel Meney)

Entrevue avec Lionel Meney, 49 min (MP3)

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Lionel Meney a été professeur de français, de russe et de traduction pendant 35 ans.  Depuis 1969, il s’intéresse au français parlé au Québec. Cette passion bien particulière l’a mené, 30 ans plus tard, à la publication du Dictionnaire québécois français (Guérin, 1999).

Dans sa carrière, Lionel Meney a fait valoir son expertise de linguiste dans plusieurs organismes et institutions au Québec : le Conseil supérieur de la langue française, l’Office Québécois de la langue française, la Société Radio-Canada et aussi pour le gouvernement du Québec.

Dans son dernier livre, Main basse sur la langue : Idéologie et interventionnisme linguistique au Québec (Liber, 2010), le professeur retraité du département de langues, linguistique et de traduction de l’Université Laval, fait une sortie en règle contre le courant linguistique «dominant» au Québec : l’endogénisme linguistique. L’ambition générale de ce courant est d’instituer une autre norme linguistique au Québec : le français québécois standard, plutôt que celui qui est commun aux autres pays de la francophonie : le français standard international.

À propos de cette volonté, qu’on dit « consensuelle », d’instituer une norme propre au Québec, Lionel Meney répond que d’affirmer « qu’il y a consensus, c’est dénier à ceux qui ont une opinion différente la possibilité même de l’exprimer [...] quand ils font des consultations ou organisent des colloques sur ce consensus, les endogénistes évitent soigneusement d’inviter ceux qui ne pensent pas comme eux ».

Lionel Meney a accepté l’invitation des Publications universitaires et s’est déplacé au studio de CHOQ FM pour parler de son dernier livre. Pour écouter cette entrevue, cliquez sur le lecteur du haut de cet article.

La tentation de l’Orient (entrevue avec Barthélémy Courmont)

Entrevue avec Barthélémy Courmont, 49 minutes (MP3)

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L’invité, son livre
Barthélémy Courmont
est titulaire par intérim de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Depuis une dizaine d’années, il a publié plusieurs livres sur la géopolitique des pays de l’Asie-Pacifique. Dans son dernier livre, La tentation de l’Orient. Une nouvelle politique américaine en Asie-Pacifique (Septentrion, 2010), il examine les changements observables au sein de l’administration Obama  dans cette région. Son livre fait l’analyse détaillée de plusieurs enjeux importants dans cette zone qui évolue rapidement : la présence américaine en tant que puissance asiatique et les relations bilatérales entre Washington, Pékin, Séoul, Tokyo et Pyongyang.

L’entrevue
Comment Washington peut-elle être une puissance asiatique? La Corée-du-Nord détient-elle vraiment l’arme nucléaire? Le successeur de Georges W. Bush s’intéresse-t-il plus sérieusement à la montée en puissance de la Chine? L’administration Obama s’est-elle entourée d’experts et de conseillers mieux qualifiés qu’auparavant pour appréhender l’actuel basculement du « centre du monde » des États-Unis vers l’Asie de l’Est? Voilà quelques-unes des questions auxquelles Barthélémy Courmont a accepté de répondre en se rendant aux studios de CHOQ FM.

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Correspondance de Louis-Joseph Papineau (entrevue avec Yvan Lamonde)

Entrevue avec Yvan Lamonde, 45 minutes (MP3)

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Le spectre de Louis-Joseph Papineau est entouré de nombreux mythes. Plusieurs d’entre eux sont mis à rude épreuve dans le dernier livre d’Yvan Lamonde : Signé Papineau : correspondance d’un exilé (PUM, 2009). Ayant passé le cap des 50 livres, le professeur retraité de l’Université McGill a épluché la correspondance de Papineau dont une bonne partie était encore restée vierge de toute recherche jusque dans les années 1990.

Le dernier livre du professeur est une analyse bien organisée des 1500 lettres que l’homme politique a échangées avec sa famille et ses alliés d’arme. Dans ce livre, l’idée d’un Papineau souverainiste avant l’heure est corrigée par Yvan Lamonde qui souligne avant tout l’attachement au régime seigneurial et à l’annexion du Québec aux États-Unis de Louis-Joseph Papineau.

Yvan Lamonde a accepté l’invitation des publications universitaires et s’est déplacé aux studios de CHOQ FM pour parler de son dernier livre. Pour écouter cette entrevue, cliquez sur le lecteur du haut de cet article.

Prostitution et traite des êtres humains (entrevue avec Richard Poulin)

Une véritable ligne de fracture oppose ceux qui définissent la prostitution comme un « travail » et une vente de « services sexuels », qui veulent la faire reconnaître comme un choix [...] et ceux pour qui le système prostitutionnel est une des formes de la violence faite aux femmes, une disposition du pouvoir masculin et une violation des droits (Richard Poulin, CRS-UQAM, 2008)

Entrevue avec Richard Poulin, 35 minutes, MP3.

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Richard Poulin a publié près de 30 livres sur les thèmes de la prostitution, de la violence sexuée et de l’exploitation sexuelle. Pour lui, la façon dont on parle de la prostitution de nos jours relève de l’euphémisme. La prostitution, dit-il, n’est pas qu’un service en échange d’argent, elle constitue «une institution sociale à l’usage quasi exclusif des hommes». «Essentiellement vouée au plaisir masculin», les hommes ne vont pas nécessairement chercher dans cette activité que de la sexualité, mais aussi pour exercer un rapport de pouvoir. C’est pourquoi Richard Poulin refuse d’employer le terme client et préfère celui de prostitueur,  un terme qui met en évidence le rapport de force des relations sociales et individuelles qu’il étudie depuis 30 ans maintenant.

Selon ce qu’on peut lire dans l’article qu’il a publié dans Les Cahiers de recherche  sociologie du département de sociologie de l’UQAM, au Canada, environ 80% des adultes en situation de prostitution ont commencé à l’adolescence. « L’âge moyen de recrutement, souligne-t-il, tourne autour de quatorze ans. Le même phénomène est noté dans les autres pays capitalistes dominants. Dès lors, l’opinion selon laquelle la grande majorité des personnes en situation de prostitution exercent un libre choix de travail relève de la profession de foi. »

Le parcours de vie des personnes prostituées est souvent lié à une enfance trouble, on observe souvent un passage « de la prostitution occasionnelle de survie à la prostitution régulière ». Ainsi, dit-il,  «les agressions sexuelles dans l’enfance étant l’une des grandes causes de la fugue des jeunes. [Des] recherches montrent un lien étroit entre la probabilité d’intégrer la prostitution et le fait de quitter le milieu familial à un âge précoce d’avoir été victime de violence sexuelle dans l’enfance et dans le cas des jeunes hommes, d’avoir subi des discriminations et des violences dues à leur orientation sexuelle».

Les arguments de Richard Poulin ne s’arrêtent pas à l’analyse du profil familial et psychologique des femmes prostituées, les thèmes de la violence, de l’agression et du suicide reviennent souvent dans ses dernières publications. Comme il le souligne, « les femmes prostituées au Canada connaissaient, au début des années 1990, un taux de mortalité quarante fois supérieur à la moyenne nationale et risquaient vingt fois plus l’assassinat. Ces taux sont peut-être encore plus élevés : les femmes prostituées seraient de soixante à cent vingt fois plus souvent agressées physiquement et victimes d’assassinat que tout autre groupe social. Chez les escortes, les tentatives de suicide et les taux de suicide sont les plus élevés au pays, toute catégorie sociale confondue ».

Pour Richard Poulin, qui ne cache pas ses postulats marxistes, l’argent public doit servir prioritairement à lutter contre la prostitution en soi plutôt que de viser à améliorer les conditions de cette activité. Selon lui, plutôt que d’aménager politiquement une zone légale qui favorise cette activité et qui en amplifie la présence sociale, mieux vaut offrir de façon soutenue une réinsertion sociale dans le monde de l’emploi, hors de la drogue et des milieux prostitutionnels.

Le professeur de sociologie de l’Université d’Ottawa a accepté l’invitation des Publications universitaires et s’est rendu aux studios de CHOQ FM pour parler de ses dernières publications. Pour écouter cette entrevue, cliquez sur le lecteur du haut de cette page.

Bibliographie de l’entrevue
a) Cahiers de recherche sociologique, no. 45 (Liber, 2008)
b) Prostitution et traite des êtres humains, enjeux nationaux et internationaux (L’Interligne, 2009)
c) Les meurtres en série et de masse (Sisyphe, 2009)
d) Abolir la prostitution, manifeste (Sisyphe, 2006)

Le Devoir de 1910 à 1932 (entrevue avec Pierre Anctil)

Entrevue, Pierre Anctil, 49 minutes (MP3)

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Pierre Anctil a lu tous les éditoriaux du journal Le Devoir de sa fondation en 1910 jusqu’au départ de son fondateur, Henri Bourassa, en 1932. Parmi les 7000 textes analysés, le professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa en a retenu une soixantaine. Dans cet exercice d’hyperécrémage, il visait à sélectionner les éditoriaux qui représentaient le mieux les grands traits de pensée de ce journal ainsi que les enjeux d’époque qui retenaient le plus l’attention des penseurs qui lui donnaient vie. À ce sujet, lors des premières 25 années d’existence du Devoir, deux événements contribuent à propulser ce quotidien au sommet des organes de presses francophones du Canada : la crise des écoles bilingues en Ontario et la conscription de 1917.

Intellectuellement parlant, Le Devoir est un journal évidemment moral. Entièrement à la défense de la communauté  d’histoire et de foi canadienne-française (qu’on définissait comme une « race » selon le lexique de l’époque), Bourassa et Omer Héroux mettent jour après jour le point focal de leur ligne éditoriale au-dessous des enjeux qui devaient susciter l’attention de leurs coreligionnaires.

Droit dans une optique ultramontaine, le Devoir a beau se déclarer indépendant, il reste un think tank conservateur très peu compatible avec un libéralisme « corrupteur » des mœurs et de la famille. Clairement opposés à l’apparition du cinéma naissant de l’époque, les éditoriaux du Devoir entre 1910 et 1932 s’inscrivent également en faux contre le développement urbain, « l’une des pires plaies sociales de notre temps » comme celui de la métropole, considérée comme une « tumeur monstrueuse ».

L’anthologie éditoriale de Pierre Anctil réserve bien d’autres surprises du genre, notamment en ce qui a trait aux luttes féministes du début du XXe siècle. Henri Bourassa ne cache pas son indignation contre l’« insanité d’un suffrage femelle », puisque par rapport aux hommes, les femmes arriveraient plus vite « aux pires injustices, aux plus mesquines étroitesses, à la plus complète immoralité cérébrale, aux égarements les plus pervers du jugement ».

Néanmoins, la direction intellectuelle du Devoir, n’a pas que des zones d’ombres, bien au contraire. On soulignera au passage, les nombreux appuis aux luttes de plusieurs peuples qui avaient à composer avec l’Empire britannique dans le premier tiers du 20e siècle, comme en Inde, en Irlande et chez les Boers d’Afrique du Sud.

La volonté de défense, d’élévation morale et intellectuelle du peuple de Bourassa n’épousait pas les limites géographiques qu’on connaît aujourd’hui. Comme c’était le cas à cette époque, l’élite politique ne faisait pas de distinction entre les francophones en fonction du territoire où ils se trouvaient. Le message et les idées du quotidien – c’est-à-dire : le devoir civique, religieux et national (d’où le nom du journal) – s’adressaient donc aux Canadiens français du Québec, de l’Ontario, des Maritimes de l’Ouest, mais aussi de la Louisiane.

Malgré les côtés cosmopolite, bourgeois et moderne des Juifs de l’époque, peu compatible avec l’importance de la tradition, du monde rural et de l’agriculture du Canada français, Bourassa n’a pas erré dans un antisémitisme tout de même populaire chez une certaine élite catholique d’avant la Deuxième Guerre mondiale. Le sort des petites communautés francophones d’Amérique du Nord, cher à Bourassa, faisait en sorte qu’il visait à prêcher par l’exemple en affirmant une volonté de tolérance envers les minorités d’ici et d’ailleurs.

Mais cette volonté de tolérance, ne se traduit pas dans une ambition d’ouverture tous azimuts des frontières à l’immigration. À ce sujet, le quotidien détonne radicalement de ce qu’on peut lire aujourd’hui dans ses pages.  « L’immigration internationale, dit Anctil, et la diversification ethnique de la société canadienne, déjà bien engagée avant la Première Guerre mondiale, trouve en Georges Pelletier un adversaire déclaré. Pour lui, en agissant ainsi, le Canada ouvre ses portes aux déchets humains de l’Europe et s’engage dans des dépenses publiques inconsidérées. De manière répétée, Le Devoir fait paraître des éditoriaux sous sa plume qui condamnent les politiques canadiennes en la matière et présentent l’immigrant sous un jour défavorable, sinon carrément caricatural. »

Il est évident que les positions du Devoir d’aujourd’hui divergent beaucoup de l’axe moral, conservateur et religieux du quotidien fondé par Henri Bourassa en 1910. D’ultramontain et fédéraliste, il est devenu progressiste et souverainiste. Par contre, il ne faudrait pas voir cette transformation comme un rejet du projet d’envergure qu’avait Bourassa lors de sa fondation. Pour Pierre Anctil, Le Devoir a laissé un héritage immense lors du premier tiers du 20e siècle. Cet héritage est celui de la construction d’une conscience collective rassemblée autour d’intérêts communs. Dans un esprit non partisan, ce journal a relevé ce défi dans un langage riche, un niveau intellectuel élevé et par une rigueur éthique évidente.

Entrevue avec Jean-François Payette

Jean-François Payette termine un doctorant en science politique à l’UQAM. Âgé de 30 ans, il ne perd pas son temps, Introduction critique aux relations internationale (PUQ, 2009) est son troisième livre dans le champ des sciences politiques. Cet ouvrage d’une centaine de pages, n’est pas qu’une critique de la forme que prennent les relations internationales au Québec, mais également une proposition d’un modèle à établir : la paradiplomatie identitaire.

Dans cette adaptation de son mémoire de maîtrise dirigé par Louise Beaudouin et codirigé par Bernard Landry, Jean-François Payette joue carte sur table et ne cache pas ses allégeances politiques qui sont très clairement affirmées au tout début du livre en exergue : « rien n’est plus tragique que d’assister, impuissant, au refus d’un peuple à s’autogouverner, et de le voir choisir – en toute connaissance de cause – l’aliénation et la servitude ». Le concept de paradiplomatie qu’il reprend et augmente se veut un dépassement des limites de la doctrine Gérin-Lajoie fondée sur l’extension au niveau internationale des compétences provinciales telles que définies dans la constitution canadienne. Elle est la forme de diplomatie internationale qui donne le plus de présence aux nations sans État comme le Québec.

Jean-François Payette s’est déplacé aux studios de CHOQ FM pour parler plus en détails de son dernier livre. Pour écouter la première partie de cette entrevue à propos de sa critique des relations internationales, cliquez sur le lecteur ci-dessous.

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Deuxième partie

Autrement, les travaux de Jean-François Payette ne se limitent pas qu’au monde politique Québécois. Après avoir donné un cours sur la pensée d’Albert Camus à l’UQAM, en compagnie de Lawrence Olivier, il a eu l’idée de réunir plusieurs textes qui étudient et analysent l’œuvre et la vie de ce personnage. Dans Camus : Nouveaux regards sur sa vie et son œuvre (PUQ, 2007), Payette rappelle que ce dernier « a été symboliquement exclu du prestigieux cénacle des intellectuels parisiens ayant dominé la scène intellectuelle de l’après-guerre ». Selon lui, la lucidité dont faisait preuve Camus a été à la source de ce manque de reconnaissance. C’est pourquoi dans l’article qui porte son nom, le jeune doctorant visait à « problématiser le phénomène de lucidité chez Camus » puisqu’il s’agit un des traits qui représente bien l’identité du personnage.

Pour Camus, dit-il, « il n’est pas question de faire des concessions lorsqu’il est question de vérité, et il n’est pas plus question de se mentir à soi-même, même si l’on découvre la vérité là où on ne si attendait pas. Si une vérité se trouve à droite idéologiquement, alors la lucidité exige dans son essence même que l’on prenne acte d’un tel fait, ce que les intellectuels de gauche refusaient catégoriquement ». Camus « prendra conscience des dangers de rester rivé à l’idéal et à la finalité du projet marxiste, surtout en refusant aveuglément de regarder en face le lourd prix à payer en matière, notamment, de sacrifice humain et d’aliénation de la liberté pour cette transformation au nom de la fin de l’Histoire et du bonheur promis – s’y objectera fervemment. L’adhésion idéologique complète et inconditionnelle qu’exigeait le communisme était d’autant plus pernicieuse que la structure idéologique de ce dernier […] assujettissait les consciences ». Cette droiture, cette lucidité et ce refus de considérer l’humain autrement que comme une fin lui méritera un ennemi célèbre et donnera naissance à une rivalité bien connu avec son ami d’antan, Jean-Paul Sartre.

En deuxième partie d’entrevue, Jean-François Payette explique plus en détail son analyse de la pensée et de la présence d’Albert Camus. Pour écouter cette seconde partie, cliquez  sur le lecteur ci-dessous.

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Profession criminologue (entrevue avec Philippe Bensimon

Philippe Bensimon est bien clair. En dehors de celles des gens qui y vivent ou qui y travaillent, les représentations communes que nous avons de l’univers carcéral sont peu fiables. Plusieurs de nos idées reçues relatives à cet univers sont justement mal menées dans son cinquième livre, Profession criminologue : Analyse clinique et relation d’aide et milieu carcéral (Guérin, 2009).

Le parcours de Philippe Bensimon faisait de lui un bon candidat pour la rédaction du premier traité dans le monde sur la profession de criminologue : docteur en criminologie, 23 ans d’expérience dans le domaine carcéral, dont plus de 15 années passées en tant que clinicien dans les pénitenciers, sans oublier ses 15 années d’expériences d’enseignement en criminologie à l’université. Ce traité de 550 pages publié chez le plus vieil éditeur académique au pays présente la réalité de cette profession dans toutes ces dimensions. En plus des abondantes statistiques et des références aux études scientifiques, on y trouve des éclaircissements sur le métier de criminologue en tant que tel, sur la réalité des détenus dans le milieu carcéral, sur la problématique sociale de la criminalité comme sur la violence entre les murs.

Mais, ce livre contient aussi d’utiles grilles d’analyses qui aideront les futures criminologues à poser un diagnostic clinique avec les criminels auxquels ils auront à faire face dans cette carrière unique que sera la leur. À ce sujet, en entrevue, Philippe Bensimon insiste à plusieurs reprises sur le fait que le rapport entre le criminel et son clinicien est avant tout une relation d’aide. Une aide bien particulière puisqu’ils auront entre les mains des individus que beaucoup d’autres n’auront pas réussi à aider auparavant.

Philippe Bensimon a accepté l’invitation des publications universitaires et s’est rendu aux studios de CHOQ FM pour parler plus en détail de son dernier livre. Pour écouter cette entrevue, cliquez sur le lecteur ci-dessous :

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Les Réformistes (entrevue avec Éric Bédard

Par-delà le siècle et demi qui nous sépare des réformistes, j’ai eu l’impression de retrouver des incertitudes similaires face à l’avenir. Comme nous, les réformistes vivent les lendemains troubles de grandes espérances. Leur temps n’est ni celui des mythes fondateurs ni celui des Grands Soirs. C’est un temps désenchanté, morose même ; un temps de prudence et non d’élans prophétiques. En allant vers les réformistes, mon but n’était pas de réhabiliter des personnages « illustres » ou de dénicher un programme d’action pour l’avenir. J’ai plutôt voulu comprendre les questions qu’ils s’étaient posées et les réponses qu’ils avaient fournies, et voir comment, par la pensée et par l’action, ils avaient conjuré les angoisses d’un présent incertain.  (Éric Bédard, Boréal, 2009)

Entrevue, Éric Bédard, 50 minutes, (MP3)

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Refusant l’idée d’annexion du Québec aux États-Unis chère à Louis-Joseph Papineau, conscient qu’aucun secours ne viendrait de la France et résiliés par l’impossibilité de vaincre le plus puissant empire colonial de l’époque, une nouvelle génération d’hommes politiques a pris place au Canada français à la suite des rébellions des patriotes et de l’Acte d’Union de 1840. C’est dans l’atmosphère de la fin des grands espoirs et d’un pragmatisme bien visible que ces nouvelles figures ont décidés d’investir les institutions en place pour faire progresser le Canada français par plusieurs réformes au milieu du XIXe siècle.

Éric Bédard, professeur à la Télé-Université du Québec, est l’auteur du premier essai d’envergure sur cette période politique charnière de notre histoire. Dans son dernier livre, Les Réformistes. Une génération canadienne-française au milieu du XIXe siècle, il distingue clairement cette génération de la précédente : « La génération patriote, dit-il, avait vécu d’espoirs, elle avait tenté de jeter les bases d’un monde nouveau [alors que] la génération réformiste a été hantée par la débâcle militaire de 1837 ». Les ambitions de ces derniers étaient bien humbles : « préserver l’essentiel de ce qu’avait légué les générations précédentes, faire du Canada français une nationalité bien de son temps ».

Âgés de 36 ans en moyenne et tous « d’origine très modeste » les réformistes avaient pour figures de proue des Étienne Parent, Louis-Hippolyte LaFontaine et Auguste Norbert-Morin. Avec ce livre, Éric Bédard voulait aborder ces personnages mal connus de notre histoire « en tant que véritables acteurs politiques, maîtres de leur destin et de celui de leur pays, et non comme les marionnettes d’un quelconque système anonyme ou comme les pantins d’une prétendue “classe dominante”».

Pour le professeur, la réputation des réformistes a été assombrie par l’historiographie depuis quelques décennies puisque les représentations que nous avons d’eux comme étant des « Canadiens français de service » ou comme des « collaborateurs serviles de l’Empire britannique, sinon comme des « parvenus » » sont nombreuses. Dans son dernier livre, Éric Bédard voulait « revenir sur cette période troublée de notre histoire, afin de mieux comprendre les choix des réformistes, d’éclairer leur lecture du contexte et les conclusions qu’ils ont tirées de ces événements tragiques ».

Éric Bédard a accepté l’invitation des publications universitaires. Il s’est rendu aux studios de CHOQ FM pour répondre à nos questions. Pour écouter cette entrevue, cliquez sur le lecteur du haut de cette page.

Polytechnique 20 ans plus tard (entrevue avec Mélissa Blais)

Mélissa Blais est professionnelle de recherche à l’IREF. Depuis quelques années, elle s’intéresse aux diverses réceptions du discours féministe dans la société. En 2008, elle codirigeait en compagnie de Francis Dupuis-Déri, un collectif sur les mouvements masculinistes qui, selon eux, incarnent plusieurs tonalités très audibles d’antiféminisme.

Dans « J’haïs les féministes » le 6 décembre et ses suites (Remue-ménage, 2009), Mélissa Blais poursuit son analyse de la réception du discours féministe dans la société en étudiant l’évolution des interprétations qui ont été faites de la tuerie à l’École Polytechnique en 1989. Selon ses travaux, deux interprétations concurrentes se sont affrontées à la suite de ce massacre pour définir la mémoire collective par rapport à cet événement.

L’analyse qu’elle fait de tout ce qui s’est écrit sur le drame dans les journaux canadiens, tant francophones qu’anglophones, depuis le lendemain du 6 décembre 1989, met de l’avant une opposition entre deux interprétations. La première, majoritaire, veut que le geste de Marc Lépine soit un acte de folie et que sa condition psychologique suffise à en expliquer le déroulement. L’autre interprétation, minoritaire, défendue par Mélissa Blais et par une majorité de féministes,  met l’accent sur le caractère politique de l’acte en soulignant que « l’auteur de la tuerie à Polytechnique a ouvertement annoncé ses positions politiques », même par écrit; où il expliquait, qu’il fallait en finir avec le féminisme.

Dans son livre, Mélissa Blais traite de l’occultation de cette deuxième interprétation et de l’hostilité qui lui a été réservée dans la majorité du discours social généré à la suite de cet événement. À la suite du drame, dit-elle, « la manière dont sont traitées – ou non – les mobilisations féministes par les médias à grand tirage révèle certaines résistances à la fois subtiles et explicites à l’endroit du féminisme. » Pour la chercheuse et doctorante en sociologie à l’UQAM, les médias jouent le rôle de vecteurs de mémoire dans la société.  Des luttes ont lieu dans les champs médiatiques et politiques pour favoriser des interprétations, plutôt que d’autres, par rapport aux événements de l’Histoire. Son travail visait donc à s’insérer dans cette lutte pour façonner une interprétation féministe de la mémoire collective de cette tuerie.

Mélissa Blais a accepté l’invitation des Publications universitaires et s’est rendue aux studios de CHOQ FM pour parler de son dernier livre. Cliquez sur le lecteur ci-dessous pour écouter cette entrevue :

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Mouvements sociaux et droits fondamentaux (entrevue avec Dorval Brunelle)

Si les mouvements jouent un rôle déterminant dans la revendication et la reconnaissance des droits, par où transitent les revendications des investisseurs et des banquiers ? Pourquoi ceux-ci n’ont-ils pas besoin de mouvements sociaux pour défendre leurs intérêts ? Bien sûr, banquiers et investisseurs disposent de leurs propres associations de banquiers, organisations professionnelles, chambres de commerce, groupes d’intérêts et autres lobbies qui, non seulement ont un accès direct et privilégié au pouvoir politique, mais qui jouissent surtout d’une véritable rente de situation à travers le mécanisme de la circulation des élites et celui de la cooptation des postes. Ces alliances, ces accords et ces accointances assurent la pleine reconnaissance et la plus grande effectivité à ces droits.
(Dorval Brunelle, PUL, 2009)

Dorval Brunelle enseigne la sociologie de la mondialisation et du droit à l’UQAM depuis de nombreuses années. Depuis le début des années 1980, il a écrit sur de nombreux sujets : les partenariats public-privés, le libre-échange en Amérique, la globalisation et aussi sur les mouvements sociaux de l’Amérique latine.

C’est dans la collection verbatim des Presses de l’Université Laval, qu’il a publié une de ses dernières conférences. Dans L’autre société civile, les mouvements sociaux et la lutte pour les droits fondamentaux, l’actuel directeur de l’Institut d’Études Internationales de Montréal (IEIM) explique qu’aujourd’hui les mouvements sociaux sont considérés comme des sources essentiels de progrès puisqu’en permettant « aux exclus d’hier d’accéder à la pleine citoyenneté »,  ces mouvement « jouent un rôle déterminant dans la construction de la société et dans le changement social ».

Son dernier livre effectue un bon rappel des ambitions fondamentales et du contexte de la Déclaration universelles des droits de l’homme, de la transformation importante du système international de l’ONU depuis sa création, de la hiérarchie qui a pris place entre les droits sociaux et politiques par rapport aux droits des biens et de la propriété. Le professeur explique aussi les liens entre la fin de la Guerre froide et l’érection de « la libéralisation des marchés qui prend nettement le dessus sur tous les autres enjeux à compter de la chute du mur de Berlin, comme en témoigne la multiplication des accords de libre-échange négociés entre les pays » et « la montée en puissance d’organisations internationales à vocation économique comme la Banque mondiale, le FMI et surtout l’OMC ». Mais, rappelle-t-il, « loin de s’être avéré un grand égalisateur ou même un grand régulateur, comme certains l’ont prétendu, le recours au marché a plutôt produit exactement l’inverse, il a accru les inégalités comme jamais et il a semé la discorde – voire le chaos – partout où il s’est imposé. »

Dorval Brunelle ne fait pas preuve d’angélisme en ce qui concerne le progrès et les luttes qui lui sont nécessaires pour l’obtention et le maintient des droits. « Il faut rappeler, dit-il, que les droits fondamentaux et les droits sociaux sont, toujours et partout, le résultat de rapports de force et que le maintient de ce rapport est essentiel pour assurer la reconnaissance même des droits en question. »

Dorval Brunelle a accepté l’invitation des Publications universitaires et s’est rendu aux studios de CHOQ FM pour parler de son dernier livre. Cliquez sur le lecteur ci-dessous pour écouter cette entrevue :

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Le fédéralisme multinational (entrevue avec Alain-G. Gagnon

Professeur au département de sciences politiques de l’UQAM, Alain-G. Gagnon s’intéresse beaucoup aux rapports entre groupes minoritaires et majoritaires au sein des États multinationaux.  Ses recherches sur les diverses formes de fédéralisme et d’autonomie politique le font voyager beaucoup dans le monde. En 2007, il était récompensé du prix Josep Maria Vilaseca i Marcet pour son dernier livre : La Raison du plus fort. Plaidoyer pour le fédéralisme multinational (Québec-Amérique).

Dans ce dernier livre, il s’adonne à une analyse comparée des problématiques qui sont au cœur des fédérations canadiennes et espagnoles. Pour lui, les cas du Québec et de la Catalogne ont beaucoup en commun puisqu’on y observe des tensions et des rapports similaires entre ces provinces et leur gouvernement central.

Dans le cas canadien, Alain-G. Gagnon distingue deux types de fédéralisme en fonction de deux intellectuels : le fédéralisme procéduraliste de Pierre-Elliott Trudeau et « sa contrepartie philosophique de nature communautariste avancée par Charles Taylor ». Ces deux types de fédération, sont « sous-tendus par des visées politiques distinctes. D’une part, les fédérations dites territoriales [comme celle définie par Pierre-Elliott Trudeau] proposent de traiter de façon identique tous les citoyens d’un pays donné et, d’autre part, le fédéralisme multinational [qui s’inspire de la philosophie de Taylor] prévoit des mesures équitables permettant d’offrir aux membres de chacune des communautés nationales cohabitant au sein d’une fédération les mêmes possibilités d’accomplissement. »

Au sujet du succès et du bon fonctionnement des fédérations dans le temps, il dit que cela « dépend pour une bonne part de la capacité du groupe majoritaire à accepter que les canaux politiques demeurent ouverts aux négociations et à l’actualisation des demandes par les divers acteurs ». C’est ce qui fait que le fédéralisme qui s’applique indistinctement et uniformément sur l’intégralité de son territoire est à revoir si ces États fédérés veulent se garantir une survie à long terme.  « La transition du fédéralisme territorial au fédéralisme multinational constitue un pas qualitatif majeur pour les nations minoritaires, car ce progrès constitue la condition de liberté par excellence au sein des États existants. »

Le fédéralisme multinational du directeur de la collection Débats chez Québec-Amérique en est donc un d’ouverture aux revendications des groupes minoritaires. Ainsi, « il faut donc […] se demander, dit-il, pourquoi les leaders politiques canadiens contribuent autant à la cause sécessionniste [du Québec] en tournant le dos aux principales revendications québécoises, alors qu’ils devraient faire montre d’une plus grande empathie – comme le Royaume-Uni le fait pour les Écossais ou encore la France pour la Nouvelle-Calédonie ».

Alain-G. Gagnon a accepté l’invitation des Publications universitaires. Il s’est déplacé aux studios de CHOQ FM pour parler de son dernier livre. Cliquez sur le lecteur ci-dessous pour écouter cette entrevue :

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