Tuerie de l’École Polytechnique, l’attentat antiféministe
Mélissa Blais est doctorante en sociologie à l’UQAM. Militante féministe et professionnelle de recherche à l’IREF, elle a étudié les réceptions du discours féministe à la suite de la tuerie de l’École Polytechnique de Montréal le 6 décembre 1989. Selon ce qu’on lit dans son livre, l’état psychologique de Marc Lépine était loin d’être la clé qui permet de comprendre les 14 meurtres qu’il a commis cette journée-là. Son geste était un message politique : mort au féminisme. La planification et la volonté derrière l’acte sont du registre de l’attentat. Mélissa Blais tente de comprendre dans son livre « J’haïs les féministes » (Remue-Ménage, 2009) pourquoi les interprétations féministes du drame n’ont pas réussi à s’imposer dans la mémoire collective même vingt ans après l’événement.
L’entrevue de la fin, pour commencer un livre
Janick Bastien Charlebois est professeure de sociologie à l’UQAM.
Dans La virilité en jeu (Septentrion, 2011), elle souligne que de parler uniquement d’homophobie tend à nier la dimension culturelle de la discrimination dont sont victimes les jeunes gais. Les problèmes d’intégration des homosexuels ne sont pas qu’une question d’attitude individuelle, ils sont aussi le fruit d’un hétérosexisme dispersé dans la réalité sociale.
La laïcité au Québec, l’oeuvre inachevée
La laïcité au Québec n’est pas apparue telle qu’elle du néant lors de la Révolution tranquille. Yvan Lamonde, l’homme à la cinquantaine de livres, en remonte les racines en suivant les nombreux événements de notre histoire qui ont forcé une mutation de l’encadrement des rapports religieux. Il ne faut pas croire que tous les catholiques se sont opposés obstinément à la laïcité, car de nombreux croyants en ont fait leur cheval de bataille. Les grandes lignes de la laïcité remontent bien entendu aux années 1960, mais il ne faut pas ignorer les ambitions clairement manifestées plus d’un siècle auparavant chez des patriotes comme Louis-Joseph Papineau. L’heure de vérité (Del Busso, 2010), le titre du livre du professeur retraité de l’Université McGill, révèle néanmoins une transformation chez celui qui s’est tenu à l’écart des controverses politiques pendant ses 40 années de carrière. La laïcité du Québec, soutient-il, est incomplète et nous avons tout avantage à nous inspirer de l’histoire commune pour accoucher d’un modèle bien à nous.
Deuxième partie
Le débat sur le modèle que doit adopter le Québec en matière de laïcité ne tarit pas. Daniel Weinstock, directeur du CRÉUM et professeur à l’Université de Montréal, a profité de sa tribune dans Un Québec en quête de laïcité (Écosociété, 2011) pour répondre aux nombreuses attaques adressées à la conception de la « laïcité ouverte » du rapport de la Commission Bouchard-Taylor.
Troisième partie
Harvey Mead voulait en finir avec les indices économiques les plus répandus comme le PIB et le taux de croissance. Surtout lorsqu’on s’attarde à la qualité de vie et de l’environnement, l’Indice de progrès véritable sur lequel il travaille depuis de nombreuses années dévoile que la variable de la croissance surestime de manière notable le réel développement des sociétés. L’ex-commissaire au développement durable du Québec, qui admet à qui veut l’entendre l’inutilité de ce poste, rejoint désormais les alarmistes alors qu’il refusait promptement de les entendre auparavant. Son livre de 450 pages publié aux Éditions MultiMondes explique pourquoi chiffres à l’appui et sans tourner les coins ronds.
L’histoire comme récit et comme enjeu
La mémoire collective n’est jamais un calque parfait de la réalité historique. Véritable champ de bataille, elle est l’extension des luttes actives de l’arène politique. Des groupes, autrefois victimes, exigent réparation en réclamant d’être davantage inclus dans le récit national. Quels effets cette réécriture permanente de la mémoire a-t-elle sur l’unité de la communauté politique? C’est la question que pose Jacques Beauchemin dans Mémoire et démocratie en Occident. Concurrence des mémoires ou concurrence victimaire (Peter Lang, 2011).
Deuxième partie – L’histoire de la rue Sainte-Catherine
Paul-André Linteau a écrit des milliers de pages sur l’histoire du Canada depuis la Confédération. Spécialiste de l’histoire de Montréal, il a publié aux Éditions de l’Homme un livre tout en images qui retrace le vécu de la rue Sainte-Catherine. Le développement désordonné de cette artère incomparable de 11 kilomètres a peut-être été le seul trait d’union qui ait persisté dans le temps entre les nombreuses parties qui composent la diversité montréalaise.
Wilfrid Laurier, le pays avant tout
Wilfrid Laurier (1841-1919) a été le premier Canadien français à occuper le poste de Premier ministre du Canada (1896-1911) dans l’histoire de la Confédération. Tiraillé entre conservateurs, libéraux, orangistes et ultramontains; l’homme à la santé fragile a été vivement malmené par les forces qui s’opposaient radicalement au Parlement et au sein de ses propres troupes. Dans sa biographie publiée aux Éditions Boréal, André Pratte décrit l’écartèlement vécu par ce personnage qui a réussi, presque par miracle, à préserver le Canada de l’éclatement. Dans un Canada inachevé ne comptant que sept provinces et vivant les controverses monumentales de la guerre des Boers et de la conscription de 1917, Laurier a joué l’unique carte qui s’offrait à lui : le compromis.
L’entrevue de la fin, pour commencer un livre
Selon l’historien Steve Lasorsa, les rivalités sportives ne sont jamais complètement imperméables au contexte social et politique. Le sport devient, bien souvent, l’espace où apparaissent en reliefs les tensions qui préexistent dans la société. Le premier livre qu’il signe en tant qu’auteur, La rivalité Canadien-Nordiques (PUL, 2011), met bien en évidence l’effet catalyseur des joutes sportives dans les processus de construction des identités collectives.
Crise fiscale (enrevue avec Brigitte Alepin)
Brigitte Alepin est fiscaliste diplômée de Harvard. En 2003, elle faisait mouche avec un livre attendu : Ces riches qui ne paient pas d’impôts (Méridien, 2003). Dans La crise fiscale qui vient (VLB, 2010), elle étend sa lecture critique de la fiscalité aux facteurs qui ont érodé la santé économique des États occidentaux. La saturation des taux d’imposition et de taxation, ajoutée à la croissance ininterrompue de l’endettement public sont les deux tendances qui expliquent la paralysie fiscale dans laquelle la plupart des économies avancées sont désormais embourbées.
Deuxième partie – Rencontre avec la civilisation occidentale
Même s’ils lui ont consacré leur carrière et un livre aux Éditions CEC, Lorne Huston et Louis Lafrenière n’ont pas tout compris de l’histoire occidentale. Les professeurs au Collège Édouard-Montpetit l’admettent sans gêne : ils ne cessent d’apprendre en enseignant, parce que les étudiants posent des questions qui obligent à relire différemment. Or, une chose est bien certaine : il faut voir la civilisation dans toute son épaisseur. La trajectoire de notre civilisation n’évolue pas de manière linéaire. L’orientation du destin collectif se comprend mieux lorsqu’on prend le temps d’étudier chacune des strates sédimentaires qui nous sépare du passé.
Éva Circé-Côté : une vie à contre-courant
Andrée Lévesque est spécialiste de l’histoire des femmes et du mouvement ouvrier. Professeure à l’Université McGill, elle a découvert que derrière plusieurs des textes les plus progressistes des années 1900 à 1940 se cachait une femme. Éva Circé-Côté (1871-1949) ne se gênait d’aucune façon dans l’utilisation du pseudonyme. Grande adversaire du journal Le Devoir et des penseurs ultramontains, elle a fondé un lycée laïc pour filles en 1908 en plus d’avoir fondé la bibliothèque de Montréal en 1903. La richesse de son oeuvre ne s’arrête pourtant pas à ses 1800 chroniques dans L’Étincelle, Le Débat, Le Pays, Le Monde ouvrier, et beaucoup d’autres imprimés de son temps. Cette femme, urbaine, athée, féministe et révolutionnaire – en totale contradiction avec son époque – a également été une dramaturge, poète et auteure acclamée par la critique. Après une quinzaine d’années à regrouper, lire et étudier cette oeuvre éparpillée, Andrée Lévesque en avait long à dire sur la vie de cette femme presque oubliée au fond de notre histoire intellectuelle.
L’entrevue de la fin, pour commencer un livre
Jean-François Payette, chercheur à l’IEIM, s’est entretenu avec les responsables de l’État québécois qui étaient en place lors des attentats du 11 septembre 2001. Dans Vous avez dit terrorisme? (Fides, 2011), le doctorant en sciences politiques à l’UQAM raconte comment ils ont réagi à l’événement et analyse les conséquences notables de la lutte au terrorisme sur la société québécoise.
Histoire et conséquences de la prohibition des drogues
Line Beauchesne est professeure titulaire au Département de criminologie de l’Université d’Ottawa. Elle étudie la prohibition depuis 20 ans. De cette politique des drogues, elle dresse trois constats : l’inutilité, la nuisance et le gaspillage. Inutile, d’abord, parce qu’interdire n’élimine aucunement l’accessibilité des produits illicites. Nuisible, ensuite, parce que la prohibition oblige l’argent à suivre la voie des marchés noirs ce qui renforce le pouvoir des mafias dont les réseaux sont maintenant mondialisés. Gaspillage, enfin, parce que 95 % des ressources publiques investies vont à la répression plutôt qu’au traitement et à la prévention. L’échec est donc total : éliminer la drogue est une utopie et les moyens mis de l’avant ne font qu’empirer la situation.
Relire Samuel de Champlain
Samuel de Champlain et l’époque de la fondation de Québec ont occupé 14 ans de la vie de Mathieu d’Avignon. En plus de lui avoir consacré son doctorat (PUL, 2008), il a également été le premier à rééditer les Récits de voyages du personnage en français moderne (PUL, 2009, 2010). La relecture attentive qu’il a effectuée des différentes versions des textes écrits par Champlain oblige à lire l’histoire de la Nouvelle-France autrement. Étant à la fois auteur et sujet de ses Récits de voyages, Champlain s’est attribué un rôle surdimensionné par rapport à celui de ses rivaux. Cela aura un effet décisif sur 300 ans d’historiographie canadienne-française et occultera un fait fondamental : Champlain n’est pas l’unique fondateur de Québec. Notre mémoire collective doit rendre justice à quatre autres personnages.
L’entrevue de la fin
Heide Kotzmuth est historienne. Dans son livre Le chef des Jeunesses hitlériennes et le jugement de Nuremberg (PUL, 2011), elle a revisité le dossier de Baldur von Schirach, personnage important du Troisième Reich, qui n’a pas été jugé pour tous ses crimes lors du procès de Nuremberg.
Le savoir comme fin en soi
Normand Baillargeon ne compte plus ses livres. Il peut maintenant ajouter à sa bibliographie un manifeste bien ficelé en faveur d’une culture générale émancipatrice et contre-doctrinaire. Mieux vaut penser un programme d’enseignement dans un sens plutôt que dans l’autre; parce que l’éducation est une arme qui libère autant qu’elle asservit. L’anarchiste derrière le livre le dit : la culture est un objet problématique à circonscrire, c’est un « peu de tout, mais pas n’importe quoi ». Évitons surtout les erreurs qui ont été commises dans le passé; l’école s’éloigne de son dessein lorsqu’elle fait du dogme le contenu de son instruction. Voilà pourquoi son livre, Liliane est au lycée, sied si bien dans la collection Antidote des éditions Flammarion.
Anatomie du conservatisme québécois
Frédéric Boily est professeur agrégé au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. Depuis 10 ans, il s’intéresse à l’extrême droite française de Jean-Marie Le Pen, au chanoine Lionel Groulx, au conservateur de l’Ouest, Stephen Harper, ainsi qu’à Mario Dumont. Dans son livre, Le conservatisme au Québec : une tradition oubliée (PUL, 2010), il analyse l’empreinte de ce courant qui a été camouflé, dit-il, par l’omniprésence de 40 ans de débats sur la question nationale. Ce Québécois qui vit à Edmonton a accordé une entrevue haute en contenu pour mieux saisir la logique fondamentale de cette force de droite qui a traversé les différentes époques jusqu’à aujourd’hui.



