Crise des accommodements raisonnables ? (entrevue avec Maryse Potvin)
La couverture événementielle (et souvent éditoriale) de certains faits anecdotiques et des minorités concernées [...] ont contribué sans contredit à transformer le débat en « crise de société » et à exacerber les préjugés populaires envers certaines minorités [...] comme étant les principales responsables des diverses turbulences identitaires et économiques que vit la société québécoise
(Maryse Potvin, Athéna, 2008)
Avec méthode, Maryse Potvin a décidé d’analyser en détail la crise des accommodements raisonnables. Dans son livre, Crise des accommodements raisonnables : Une fiction médiatique?, Maryse Potvin a analysé plus de 1800 documents publiés dans les journaux et sur Internet dans le but d’observer les représentions des rapports entre minorités et majorité, et en entre les divers groupes ethniques présents au Québec lors de la crise des accommodements raisonnables. Maryse Potvin a accepté de répondre aux questions des Publications universitaires. Dans cette entrevue, la sociologue et professeure à la faculté des sciences d’éducation de l’UQAM répond, entre autres, aux questions suivantes :
- Les faux cas d’accommodements raisonnables ont-ils été nombreux?
- La crise des accommodements raisonnables a-t-elle fait ressurgir des mécanismes racisants dans le discours populaire?
- Quel est le politicien qui a le plus instrumentalisé les cas d’accommodements raisonnables?
- Certains journaux ont-ils effectué une couverture moins sensationnaliste que d’autres par rapport à cette crise?
- À la suite de cette crise médiatique, les pouvoirs du Conseil de Presse devraient-ils être redéfinis?
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- Une autre entrevue avec Maryse Potvin est disponible ici.
- À écouter également : une entrevue avec Micheline Milot sur le concept de laïcité.
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Fleury Pierre a écrit :
L’entrevue de madame Potvin illustre à merveille le discours des intellectuels
« mondialisés » devenu incapables de comprendre les valeurs, les attitudes des petites gens qui ont à subir les conséquences de la vision ‘libérale’ du monde imposée depuis une quarantaine années.
Son allusion constante aux » dérapages » ( jamais précisés ) est un bon indicateur d’un état d’esprit qui consiste à disqualifier toute critique qui ne cadre pas avec une vision ‘libérale’ du monde : vision que les élites culturellement ‘modernes’, ‘ouvertes’, souvent de ‘gauche’ cherchent constamment à promouvoir. Or il se trouve que cette vision épouse parfaitement les objectifs du programme néo-libéral, qui consiste à soumettre les sociétés aux diktats de la logique marchande.
Tout comme le rapport de la commission Bouchard-Taylor, sa stratégie est de s’en ternir à une définition étroite ( juridique ) de l’accommodement, lui permettant de soutenir que ce qui a été rapporté par les journaux n’entre pas dans cette catégorie et donc n’est pas digne d’attention ou d’intérêt. Bel exemple d’aveuglement sur l’essentiel qui est le délitement de nos sociétés tiraillées par des contradictions et des atteintes au bon sens de plus en plus criantes et dont la crise de l’accommodement n’est que la pointe révélatrice.
Que le discours médiatique ait eu un effet grossissant, c’est certain, mais ce qu’il a grossi c’est bien un problème réel, sans quoi il serait difficile de comprendre l’intérêt qu’ont soulevé les travaux de la commission dans la population. J’ai moi-même, à titre de simple citoyen, rédigé un mémoire d’une soixantaine de pages!
J’aurais le goût de commenter les catégories racialisantes proposées (le ‘nous’ et le ‘eux’) par madame Potvin pour mettre en évidence l’incompréhension anthropologique fondamentale qu’elles révèlent. On trouvera un point de vue contraire et plus éclairé en lisant les premières pages du livre Le regard éloigné de Claude Levi-Strauss, ainsi que sa conférence Race et Histoire.