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Le Devoir de 1910 à 1932 (entrevue avec Pierre Anctil)

Entrevue, Pierre Anctil, 49 minutes (MP3)

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Pierre Anctil a lu tous les éditoriaux du journal Le Devoir de sa fondation en 1910 jusqu’au départ de son fondateur, Henri Bourassa, en 1932. Parmi les 7000 textes analysés, le professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa en a retenu une soixantaine. Dans cet exercice d’hyperécrémage, il visait à sélectionner les éditoriaux qui représentaient le mieux les grands traits de pensée de ce journal ainsi que les enjeux d’époque qui retenaient le plus l’attention des penseurs qui lui donnaient vie. À ce sujet, lors des premières 25 années d’existence du Devoir, deux événements contribuent à propulser ce quotidien au sommet des organes de presses francophones du Canada : la crise des écoles bilingues en Ontario et la conscription de 1917.

Intellectuellement parlant, Le Devoir est un journal évidemment moral. Entièrement à la défense de la communauté  d’histoire et de foi canadienne-française (qu’on définissait comme une « race » selon le lexique de l’époque), Bourassa et Omer Héroux mettent jour après jour le point focal de leur ligne éditoriale au-dessous des enjeux qui devaient susciter l’attention de leurs coreligionnaires.

Droit dans une optique ultramontaine, le Devoir a beau se déclarer indépendant, il reste un think tank conservateur très peu compatible avec un libéralisme « corrupteur » des mœurs et de la famille. Clairement opposés à l’apparition du cinéma naissant de l’époque, les éditoriaux du Devoir entre 1910 et 1932 s’inscrivent également en faux contre le développement urbain, « l’une des pires plaies sociales de notre temps » comme celui de la métropole, considérée comme une « tumeur monstrueuse ».

L’anthologie éditoriale de Pierre Anctil réserve bien d’autres surprises du genre, notamment en ce qui a trait aux luttes féministes du début du XXe siècle. Henri Bourassa ne cache pas son indignation contre l’« insanité d’un suffrage femelle », puisque par rapport aux hommes, les femmes arriveraient plus vite « aux pires injustices, aux plus mesquines étroitesses, à la plus complète immoralité cérébrale, aux égarements les plus pervers du jugement ».

Néanmoins, la direction intellectuelle du Devoir, n’a pas que des zones d’ombres, bien au contraire. On soulignera au passage, les nombreux appuis aux luttes de plusieurs peuples qui avaient à composer avec l’Empire britannique dans le premier tiers du 20e siècle, comme en Inde, en Irlande et chez les Boers d’Afrique du Sud.

La volonté de défense, d’élévation morale et intellectuelle du peuple de Bourassa n’épousait pas les limites géographiques qu’on connaît aujourd’hui. Comme c’était le cas à cette époque, l’élite politique ne faisait pas de distinction entre les francophones en fonction du territoire où ils se trouvaient. Le message et les idées du quotidien – c’est-à-dire : le devoir civique, religieux et national (d’où le nom du journal) – s’adressaient donc aux Canadiens français du Québec, de l’Ontario, des Maritimes de l’Ouest, mais aussi de la Louisiane.

Malgré les côtés cosmopolite, bourgeois et moderne des Juifs de l’époque, peu compatible avec l’importance de la tradition, du monde rural et de l’agriculture du Canada français, Bourassa n’a pas erré dans un antisémitisme tout de même populaire chez une certaine élite catholique d’avant la Deuxième Guerre mondiale. Le sort des petites communautés francophones d’Amérique du Nord, cher à Bourassa, faisait en sorte qu’il visait à prêcher par l’exemple en affirmant une volonté de tolérance envers les minorités d’ici et d’ailleurs.

Mais cette volonté de tolérance, ne se traduit pas dans une ambition d’ouverture tous azimuts des frontières à l’immigration. À ce sujet, le quotidien détonne radicalement de ce qu’on peut lire aujourd’hui dans ses pages.  « L’immigration internationale, dit Anctil, et la diversification ethnique de la société canadienne, déjà bien engagée avant la Première Guerre mondiale, trouve en Georges Pelletier un adversaire déclaré. Pour lui, en agissant ainsi, le Canada ouvre ses portes aux déchets humains de l’Europe et s’engage dans des dépenses publiques inconsidérées. De manière répétée, Le Devoir fait paraître des éditoriaux sous sa plume qui condamnent les politiques canadiennes en la matière et présentent l’immigrant sous un jour défavorable, sinon carrément caricatural. »

Il est évident que les positions du Devoir d’aujourd’hui divergent beaucoup de l’axe moral, conservateur et religieux du quotidien fondé par Henri Bourassa en 1910. D’ultramontain et fédéraliste, il est devenu progressiste et souverainiste. Par contre, il ne faudrait pas voir cette transformation comme un rejet du projet d’envergure qu’avait Bourassa lors de sa fondation. Pour Pierre Anctil, Le Devoir a laissé un héritage immense lors du premier tiers du 20e siècle. Cet héritage est celui de la construction d’une conscience collective rassemblée autour d’intérêts communs. Dans un esprit non partisan, ce journal a relevé ce défi dans un langage riche, un niveau intellectuel élevé et par une rigueur éthique évidente.